Quand le football faisait la Seconde Guerre Mondiale...

L’armée américaine, on le sait, a joué un grand rôle dans le développement du football dans le monde. Le premier match joué en France le fut lors de la Première Guerre mondiale à Paris entre deux équipes militaires, les bases militaires présentes en Europe ont largement contribué à faire connaitre notre sport, notamment en Allemagne et en Angleterre. On se souvient aussi des équipes des bases US en France pendant les années 50 et 60 dont on vous a déjà parlé ici… Alors que dans trois semaines l’équipe de Navy sera de retour sur le sol européen pour affronter Notre Dame à Dublin, revenons sur une autre période clé du football militaire : La seconde guerre mondiale.

Une grande partie des joueurs NCAA et NFL de l’époque (qui fut réduite à 8 clubs pendant la guerre faute de joueurs) s’est retrouvée dans des unités combattantes aux 4 coins du Monde. Récompense de fin de campagne, moyen de tromper l’ennui lors des phases plus calmes du conflit, célébration des fêtes de fin d’année ou du 4 juillet, les autorités militaires ont vite trouvé en organisant des équipes et des matchs un moyen de remotiver des troupes parties loin de leur « home sweet home ».

Voici ainsi une liste non exhaustive de matchs joués hors des Etats Unis durant le conflit :
• Le 8 mai 1943 à Londres match Artillerie contre Ingénieurs.
• Le 1er janvier 1944 à Belfast « Potato Bowl » entre l’Armée et la Marine (0-0)
• Le même jour à Oran au stade Saint Philippe en Algérie alors française, « Arab Bowl » devant 15 000 personnes, Army 10- Navy 7.
• Le 2 janvier 1944 aux Bermudes « Lily Bowl » Navy 19- Army 0
• Toujours en 1944 à Londres deux matchs internationaux entre militaires Canadiens et Américains, le « Tea Bowl » gagné 16-6 par le Canada devant 30 000 personnes et le « Coffee Bowl » gagné lui par les Américains 18-0.
• Encore à Londres pour Thanksgiving 44, le « GI Bowl » gagné 20-0 par l’armée contre la Marine devant 60 000 personnes.
• Le 23 novembre à Bari en Italie le « Bambino Bowl » entre la « Technical School » vainqueurs 13-0 et les « Playboys »
• En fin d’année au vieux Parc des Princes de Paris et devant 20 000 personnes le 9ème Air Force affronte le General Hospital.
• Plus exotique à Téhéran le 12 décembre 1944, « Iranian Bowl » entre deux camps militaires devant 9000 personnes.
• Dans le Pacifique en Nouvelle Guinée toujours en 44 le « Coconut Bowl »
• Et la veille de Noël 1944 à Guadalcanal un épique 0-0 entre le 4ème Marines et le 29ème Marines dans ce qui fut appelé le « Mosquito Bowl ».
• Le 1 janvier 1945 à Florence le « Spaghetti Bowl » emporté par la 5ème Army contre la 12ème de l’Air Force 20 à 0 devant 25 000 spectateurs
• Le même jour à Marseille et devant 18 000 personnes le RR Shop Battalion battait 37-0 les « Army All stars » dans le « Riviera Bowl ».
• Le 7 janvier 45 second « Lily Bowl » aux Bermudes gagné encore par la Marine 39-6.
• Pour le 4 juillet 1945, Mc Arthur pouvait fêter son fameux retour sur la terre des Philippines en regardant un autre Army-Navy à Manille dans le « Manilla Bowl ».
• La Chine était aussi de la partie à Tsingtao le 10 novembre 1945 pour un « Rice Bowl » sans vainqueur (7 partout) entre le 29ème Marines et le 22ème Marines devant 5000 spectateurs.

La guerre terminée, les troupes notamment dans le Pacifique n’étaient pas forcément rentrées au pays immédiatement et l’année 1946 voit encore plusieurs matchs se jouer :
• Le jour de l’an 1946 à Tokyo, le « Tokyo Bowl » voit le 11ème Airborne battre le 41ème Airborne 26-12 devant 15 000 personnes.
• Le même jour à Nagazaki a lieu l’ « Atom Bowl » dont on vous parlera ce dessous…
• Toujours le 1er janvier 46, « Bamboo Bowl » à Manille où 40 000 personnes voient la base de Clarkfield battre celle de Leyte 14-12
• Le 27 janvier 46 autre match à Tokyo pour les « Army Pacific Olympics »avec une seconde victoire en un mois du 11ème Airborne cette fois ci sur les « Honolulu all Stars » 18-0.
• Le même jour à Shanghai, bien avant que notre Christophe Bigot national y relance le football chinois, la Marine bat l’Armée 12-0 dans le « China Bowl ».

Nous reparlerons peut être en détail de certains de ces matchs mais penchons aujourd’hui sur le cas très particulier du « Atom Bowl » (en photo)de Nagazaki le 1 janvier 1946…

Gerald Sanders, en 2005, à 81 ans, revenait dans un article du « New York Times » sur ce match dont il était apparemment l’unique survivant. Les équipes étaient issues d’unités de la Second Marine Division et comportaient des joueurs des rangs universitaires et pro. Les « Nagasaki Bears » avaient à leur tête le quarterback Angelo Bertelli de Notre Dame. Il était Heisman Trophy 1943. Les « Isahaya Tigers » avaient de leur côté « Bullet Bill » Osmanski, d’Holy Cross leader de la NFL en yards gagnés au sol en 1939 comme fullback des Chicago Bears.

Les Marines étaient arrivés à Nagasaki en Septembre soit seulement 6 semaines après l’explosion atomique qui tua 40 000 personnes le 9 août 1945. La ville était un champ de ruines. Les soldats américains qui se retrouvaient là pour occuper le pays, la guerre terminée, devaient faire avec un mélange de culpabilité et d’ennui. Les unités de Nagasaki furent vite victimes d’une grosse baisse de moral, pour ne pas dire de dépression généralisée. C’est pour leur changer les idées qu’à l’approche des fêtes le Général Hunt décida d’organiser un match de football. Quand on demanda 60 ans plus tard au soldat Sanders si il ne trouvait pas choquant qu’un match de football ait pu avoir lieu là moins de 5 mois après cette horreur atomique il répondit : « Pour être franc nous étions juste heureux d’être vivants, on n’allait pas chercher plus loin que ça. Nous étions dans les unités qui devaient être en première ligne pour le débarquement sur les côtes japonaises (débarquement qui n’eut pas lieu l’Empereur du Japon décidant après les deux explosions nucléaires de cesser les hostilités). Le haut commandement avait pour ainsi dire planifier notre mort car ils n’avaient rien prévu pour nous dans les plans de l’Armée après le débarquement ! Ce match on l’a pris comme une célébration de notre propre survie. »

Sanders avait joué à Louisiana Tech et fut chargé de l’organisation du match. Il récupéra du matériel à la Navy et ils construisirent avec ce qu’ils purent trouver les bancs et les poteaux. Le terrain fut baptisé Atomic Athletic Field. Osmanski et Bertelli furent chacun chargés de composer chacun leur équipe. Osmanski paria sur une équipe physique au solide jeu au sol et Bertelli construisit son équipe pour un jeu de passe vertical. Sanders se retrouva dans le backfield des Bears, l’équipe de Bertelli. Le match eu lieu le jour de l’an 1946 dans le froid et les averses de neige devant 2000 spectateurs, presque uniquement des Marines. Personne apparemment ne se souciait des risques de radiation mais comme de nombreux bouts de verre jonchaient le terrain le match se joua en « two hand touch sous la ceinture » pour un plaqué. Et il fallait faire 15 yards pour obtenir un first down.

Les deux capitaines s’étaient entendus avant le match pour éviter toute friction dans les unités : Ils feraient tout pour finir la rencontre sur un match nul. Les Bears de Bertelli menaient 13-0 à la mi-temps mais les Tigers marquaient ensuite deux fois. Osmanski, la victoire trop tentante, ne tenait pas parole et faisait taper la seconde transformation pour gagner le match 14-13. Bertelli lui en voulu pour le reste de sa vie.

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