Regards croisés en Californie par Gabriel M.

1ère partie : George Contreras

« Toute vie véritable est rencontre », Martin Buber. Voilà une phrase qui invite au voyage ! Le Football a toujours été pour moi l’un des meilleurs moyens de rencontrer l’autre, d’enrichir son existence. Toute cette histoire a commencé il y a 20 ans, sur un petit terrain d’Auvergne où l’équipe des Bourbons de Cournon tentait de se familiariser avec le Football Américain. Son mariage de raison avec le voisin clermontois, les Vigilants, donnera naissance peu de temps après aux Servals de Clermont-Ferrand (Casque d’Or 1998 et 2002 au poste de Quarterback). Après un voyage au Canada, puis la découverte du Championnat Elite, de la Coupe d’Europe avec les Spartiates d’Amiens et les Argonautes d’Aix-en-Provence, je me consacre aux plus jeunes pour les accompagner sur leur chemin. C’est avec Farid Kachour et la belle génération des Argonautes Cadets en 2007, que nous décrocherons le titre de Champions de France face au redoutables Flash de la Courneuve. Voilà pour l’essentiel. A 35 ans, il était sans doute venu le temps de poursuivre ce voyage aux Etats-Unis, le berceau de notre discipline. Mais plutôt que de vous faire le récit de ces 3 semaines sur la côte ouest des Etats-Unis de San Diego à San Francisco, en passant bien sûr par Los Angeles, avec une voiture de location et quelques dollars en poche… je préfère donner la parole à ceux qui font votre voyage.

George Contreras, plus de 40 ans de carrière comme Coach aux Etats-Unis. Ne cherchez pas ! Personne n’a bien sûr d’équivalent en France… Quand le Football Américain est arrivé chez nous, au début des années 80, George entraînait depuis plus de 10 ans dans les High School californiennes. Tel est cet homme chaleureux aux airs d’Hemingway que je rencontre à Los Angeles. Il est de retour, chez lui, après un voyage de cinq années à entraîner sur notre vieux continent (après une retraite bien méritée comme professeur d’Histoire et de Science Politique), de l’Italie à la Suède, en passant par la France. Au-delà du fameux blog « Coaching for Pizza » qui retrace son épopée européenne, George vient de remporter l’année dernière le titre de Champion de France (Casque d’Argent), avec les Falcons de Bron au terme d’une saison sans défaite. Et prend aujourd’hui plaisir à entraîner l’équipe de Newbury Park High School en compagnie de son fils. Mais plutôt que de faire l’inventaire gargantuesque de son curriculum vitea, un mot semble décrire et caractériser l’homme dès nos premiers échanges : simplicité. Un sage. George est facilement abordable, très à l’écoute, et parvient à mélanger habilement rigueur, professionnalisme, tout en jouant du sens critique comme du sens de l’humour avec finesse. Il est avant tout en perpétuelle quête de connaissance. Voilà ce qui intéresse cet Humaniste, s’il nous fallait employer le mot juste. En arrivant sur le Campus de Newbury Park, il est aisé de se rendre compte du respect sincère que lui porte chaque personne que nous croisons… Et plutôt que de vous traduire en quelques lignes maladroites nos heures de discussions, voici ses réponses :

- George, que signifie pour vous, entraîner une équipe de Football Américain en High School ? Quels sont les valeurs que vous souhaitez transmettre aux plus jeunes, comme aux plus grands ?

- En prenant de l’âge, et comme j'ai eu la chance de parler avec beaucoup de nos anciens joueurs de lycée, j’ai pris de plus en plus conscience que beaucoup de valeurs et de concepts d'apprentissage que nous faisons passer en tant qu’entraîneur, deviennent des éléments vraiment importants dans la vie même des athlètes qui leur permettront de grandir pour devenir des hommes matures. Donc, être un entraîneur, au lycée comme ailleurs, m’a permis de réaliser que la dernière chose que nous enseignons à ces jeunes hommes, c’est le football. Notre objectif principal est d'enseigner le processus qu'il faut pour réussir et pour leur faire comprendre qu’ils retrouveront ce processus tout au long de leur vie.

Nous avons toujours essayé de faire comprendre aux joueurs, à la fois ici et en Europe, les cinq concepts de base que notre personnel d'entraîneurs attend de chaque joueur comme faisant partie du processus d’un championnat :
- Se dépasser, quel que soit votre talent, vous pouvez toujours vous dépasser.
- Faire preuve de courage, vous allez chuter, tomber au sol, relevez-vous.
- Connaissez vos assignations, il est difficile de réussir si vous ne savez pas ce que vous faites.
- Mettez-vous dans les meilleurs dispositions pour gagner, do whatever it takes to win, y compris en sacrifiant votre temps et vos efforts à l'entraînement ainsi que vos habitudes de vie en dehors du terrain.
- Soyez loyal, soyez positif. Défendez votre équipe de toutes les attaques qui pourraient surgir au cours de la saison.
- Pensez à votre famille, vos amis et votre travail . Ne seraient pas ces valeurs qui vous aident à être là aussi ?

- Récemment, un joueur de l’équipe de Rugby des All Blacks, Sitiveni Sivivatu, tentait d’expliquer dans le journal Midi Olympique, que l’écart qui sépare l’hémisphère Sud de l’Europe serait une question de culture ; mais au-delà, il parle de l’apprentissage du Rugby, sa pratique quotidienne dans les écoles en Nouvelle-Zélande, mais aussi dans la cour, dans les parcs à la sortie, puis les matchs tous les week-ends… Quelques mois plus tôt, Fabien Galthier faisait d’ailleurs le même constat. Tout comme Pelé expliquait pendant longtemps les raisons qui séparaient les différences techniques entre les joueurs brésiliens et les autres. Voyez-vous là des points de comparaison entre la pratique du Football Américain aux Etats-Unis et en Europe ?

- À mon avis, nous parlons bien du même jeu, le Football, mais avec une grande différence. Aux Etats-Unis, le Football est une religion tandis que l’Euroball (terme souvent utilisé par George pour définir le Football Américain en Europe) est le saint que nous préférons, mais parmi beaucoup d’autres. La passion est la même sur les deux continents, mais la différence est en effet la répétition ou, plus simplement le nombre de pratiques ainsi que la participation à ces séances d'entraînement .
Mes expériences en Europe se sont généralement résumées à soutenir une équipe pendant deux heures, deux fois par semaine.

En Californie , nous nous entraînons deux fois par jour , si l’on inclut les entraînements réservés au conditionnement physique. Soit au moins 4h par jour. Une fois que la saison commence, nous pratiquons 2h par jour du lundi au jeudi, et nous avons match le vendredi soir. Bien sûr, nous avons également des réunions pour examiner nos vidéos et celles de notre adversaire, que ce soit avant ou après l'entraînement comme au déjeuner.
L'autre grande question est la présence des joueurs à l’entraînement. En Europe, si les ¾ de votre équipe sont à l’entraînement, c’est un grand succès. Aux Etats-Unis, les joueurs manquent rarement une séance. La saison dernière, à Newbury Park H.S. où j'ai entraîné, nous avons eu 65 pratiques. Nous avons eu 15 joueurs qui n'ont jamais manqué un seul entraînement. Treize joueurs ont entre une et quatre absences. Ainsi, entre le nombre de pratiques et la grande présence, cela suffit à expliquer la différence qu’il peut exister entre un joueur américain et européen. A la naissance, vous n’êtes pas meilleur si vous naissez en France ou aux Etats-Unis, c’est l’intensité à laquelle nos jeunes joueurs sont exposés au Football qui fait la différence.
Je voulais également ajouter que cette expérience de l’EuroBall est la différence de moyens et d’équipements sportifs. Enseigner sans l’aide de sleds ou de matériel spécifique pour travailler l’agilité, les blocks… oblige les Coachs à beaucoup d’improvisation. Les entraîneurs aux Etats-Unis n’ont pas à se soucier de ce genre de choses. En Europe, je n’ai jamais pu entraîner sur les mêmes installations. Aux Etats-Unis, cela n’arrive jamais. Encore une fois, dans L’EuroBall vous devez vous adapter, improviser et surmonter ces problèmes en permanence.

- Enfin, que retiendrez-vous de votre expérience de 5 années en Europe ?

- Je chérirai toujours la passion que tous nos joueurs européens possèdent. Ils ne jouent pas pour gagner une bourse d'études collégiales ou aller en NFL. Ils jouent parce qu'ils aiment le Football. La passion pour le jeu.
C’est une grande joie d’entraîner des hommes qui ont soif d'apprendre et sont donc faciles à coacher. Je ne parle même pas des personnes merveilleuses, des lieux et de la cuisine qui ont nourri notre expérience. Pourtant, je me souviens encore de tous ces joueurs de Football merveilleux, de leurs familles et de leurs amis qui nous ont chaleureusement accueillis et fait partager leur culture.
L’EuroBall est tout simplement le MEILLEUR !

1 commentaire:

  1. Merci, it was great to see Gabriel and to read this blogpost Olivier.

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